Les Bandhas, comment habiter son centre ?

Dans le yoga, il existe des pratiques visibles — les postures, le souffle, les gestes — et puis il y a celles qui se passent à l’intérieur, presque en secret, et les bandhas font partie de cette seconde catégorie : ils sont discrets, subtils, mais profondément transformateurs.

On les appelle souvent verrous énergétiques, mais ce terme peut induire l’idée de fermeture, alors qu’il s’agit plutôt d’un raffinement de l’attention, d’une manière d’orienter l’énergie et de stabiliser le corps de l’intérieur.

Les traditions du Hatha Yoga les décrivent comme des techniques essentielles pour guider le prana, l’énergie vitale, et soutenir l’élévation de la conscience. Les approches plus modernes, elles, les relient aussi à des actions musculaires fines, utiles pour la stabilité, la respiration et la proprioception. Entre ces deux visions énergétique et biomécanique, il existe un espace fertile où les bandhas deviennent un véritable art d’habiter son centre.

Littéralement, le mot bandha signifie « lier », « unir », « contenir ». Dans la pratique, il s’agit d’une activation interne, souvent très légère, qui crée une direction, une intention dans le corps. On en distingue traditionnellement trois : Mula bandha, Uddiyana bandha et Jalandhara bandha.

Les trois actions peuvent être pratiquées séparément ou ensemble, selon le contexte. Dans les textes anciens, ils étaient considérés comme des pratiques avancées, destinées à canaliser le prana et à stabiliser le mental ; aujourd’hui, on les utilise également pour améliorer la posture, soutenir la respiration et affiner la conscience corporelle.

© myriams-fotos
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Mula Bandha est souvent décrit comme une légère activation du plancher pelvien, une contraction du périnée. Mais au-delà de l’aspect musculaire, il s’agit surtout d’un sentiment d’ancrage, d’une présence au bas du corps qui stabilise sans rigidifier.

Dans la tradition, Mula Bandha permet de « sceller » l’énergie à la base et d’éviter qu’elle ne se disperse. Dans une perspective moderne, il aide à stabiliser le bassin, soutenir la colonne et affiner la perception du centre.

Uddiyana signifie « s’envoler ». Ce bandha crée une sensation d’élévation, de légèreté, comme si l’énergie remontait vers le haut du corps.

Traditionnellement, il s’agit d’un geste puissant, pratiqué en rétention de souffle, ventre creusé. Mais dans la pratique posturale moderne, on utilise une version plus douce en activant légèrement le bas-ventre pour soutenir la respiration et protéger la colonne.

Ce bandha est souvent moins connu, car il est moins utilisé dans les postures et davantage dans le pranayama. Il consiste à abaisser légèrement le menton vers la gorge, créant une sensation de fermeture douce.

Dans la tradition, il sert à réguler le flux du prana et à protéger le cœur et la tête lors des pratiques respiratoires avancées. Dans une approche plus contemporaine, il aide à allonger la nuque, libérer les tensions cervicales et à allonger le souffle.

En résumé,

Les bandhas ne sont pas des « techniques secrètes » réservées aux yogis avancés. Ils sont surtout une manière d’affiner la conscience du corps, de rendre la pratique plus intérieure, plus stable et plus fluide.

Comme pour tout dans le yoga, il n’y a pas de recette universelle. Les bandhas ne doivent jamais être forcés, ni transformés en contractions rigides. Ils se découvrent, se ressentent, se laissent émerger.

Chaque corps, chaque respiration, chaque moment donne une couleur différente à ces gestes internes. L’essentiel est, une fois encore, de l’explorer avec douceur, curiosité et patience.


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